Bertin Nahum : Le mécano de la chirurgie

By Stéphane Alidjinou / 17 juin 2016

Bertin Nahum. Un patronyme de prophète. Et l’homme en a la condition.  Illustre inconnu chez lui, au Bénin, cet ingénieur en robotique annonce pourtant, avec ses inventions, l’ère d’une chirurgie mini-invasive de haute précision.  L’histoire du « quatrième entrepreneur high-tech le plus révolutionnaire au monde », selon un classement du magazine Discovery, a commencé, il y a 47 ans, en terre sénégalaise.

Orphelin à 8 ans et alors ?

Du sang béninois dans les veines, mêlé à une pincée de la terre de son Sénégal natal, le tout mixé à la culture française, sa patrie d’adoption. L’« entrepreneur de la diversité », né à Dakar le 14 novembre 1969, n’aura guère eu le temps de se mettre au wolof.

Sixième d’une fratrie de huit enfants, il n’a qu’un an quand ses parents émigrent vers la France, en région lyonnaise. Ils y tiennent une épicerie exotique jusqu’à leur disparition prématurée. Tous deux, le père puis ensuite la mère, emportés par des maladies cardiovasculaires. Bertin avait 8 et 14 ans. Il deviendra un pupille de la DDASS (Direction départementale de l’action sanitaire et sociale, NDLR). Une condition qui n’empêchera pas l’ancien champion de France junior de boxe française, de décrocher un diplôme d’ingénieur à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon et un Master of Science en robotique de l’université de Coventry.

De la robotique à l’ingénierie médicale, nul besoin de bottes de sept lieues. Rien de prémédité cependant. La vocation lui est juste tombée dessus à l’occasion d’un projet de fin d’études : «En fin de cursus, j’ai participé à la conception d’un logiciel capable de détecter automatiquement des lésions crâniennes à partir de scanners. Ce sentiment d’utilité m’a donné envie de consacrer ma carrière aux patients, mais du côté des techniciens, à travers la création de robots susceptibles d’accompagner les chirurgiens dans leurs opérations ». Le  patron de Medtech était né.

Apprendre et comprendre avant d’entreprendre

« Ce qui m’intéresse et me motive, c’est réfléchir à la façon dont des technologies, robotisées en l’occurrence, peuvent aider à opérer des patients de manière beaucoup plus efficace. » Une motivation née d’une longue expérience sur le terrain. Et en dix ans, le jeune Bertin a eu le temps d’affiner son expertise, en matière de techniques chirurgicales, au sein de diverses sociétés de robotique chirurgicale réputées. Neurochirurgie, chirurgie orthopédique, urologie, notre futur entrepreneur n’a laissé nul domaine de la chirurgie étranger à sa curiosité : «J’ai expérimenté l’assistance au geste opératoire dans presque tous les domaines. Je me suis rendu dans les blocs pour visualiser des premières mondiales de chirurgie assistée par ordinateur. En voyant les médecins à l’œuvre, j’ai compris comment concevoir un robot capable de leur apporter une vraie valeur ajoutée. » Premier fait d’armes, Bertin Nahum remporte le i-Lab (Concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes, ndlr) dans le domaine ‘’Mécanique et travail des matériaux’’ en 2002. La même année, celui qu’aucun « investisseur n’acceptait de suivre » dans ses rêves crée Medtech, une entreprise spécialisée dans la conception, le développement et la commercialisation de robots d’assistance chirurgicale. C’est là que naissent Brigit et Rosa.

Brigit et Rosa : les filles prodiges

La première-née de Bertin Nahum, Brigit, voit le monde en 2002. Sa spécialité : l’assistance à la chirurgie prothétique du genou. Brigit, par la précision qu’elle apporte au chirurgien dans la réalisation des coupes et du sciage des os, attire l’attention de Zimmer, géant mondial de la chirurgie orthopédique. « Nous, petite PME de 4 personnes au fin fond du Languedoc, avons été repérés par le numéro un mondial du secteur, situé dans l’Etat de l’Indiana. Et ce, alors même que les investisseurs français ne nous manifestaient pas vraiment d’intérêt…», s’exclame Bertin.

Approché par la firme américaine pour la revente de Medtech, Bertin Nahum, soucieux de conserver son indépendance et son équipe, « leur a proposé d’acquérir les brevets » de Brigit. Ils seront cédés à  la firme américaine en 2006. Une vente qui servira à préparer le trousseau de naissance de Rosa. Rosa brain et pas ZW38K car, pour son géniteur, « le bloc opératoire est un espace très humain ». Ce deuxième bébé rose et blanc pèsera 250 kg à la naissance et deviendra très rapidement la star de la robotique chirurgicale mondiale. Capable de localiser une tumeur au millimètre près, ce GPS de la boîte crânienne «sécurise le geste, réduit la taille des incisions et rend l’opération moins invasive ». Cette extrême précision de Rosa rend possibles de nouvelles chirurgies et, pour la toute première fois, même les nouveau-nés atteints d’une tumeur au cerveau peuvent être opérés. La foi du prophète en cette « robotique qui révolutionnera la chirurgie » aura déplacé les bornes de la discipline. Bien loin cependant encore des rêves de l’ancien champion. En 2014, Medtech annonce Rosa spine, «une nouvelle génération de robots Rosa qui est également utilisable pour les maladies de la colonne vertébrale ». Avec le même succès.

Aujourd’hui, Medtech, c’est plus de 3 000 opérations réalisées de par le monde et une armoire remplie de trophées. Par deux fois, l’entreprise a été distinguée par le cabinet Frost & Sullivan. Société européenne de l’année 2013 en robotique chirurgicale et prix ‘’Excellence in best practices de l’année’’ en 2015. Ses récompenses viennent s’ajouter aux Prix « Révélation » 2014 du Palmarès Technology Fast 50 pour la Région Méditerranée et celui pour son excellente performance lors du technology fast 50 méditeranée 2015 décernés par Deloitte.

Avec son entreprise toujours basée à Montpellier, ce drôle d’oiseau, chevalier de la légion d’honneur en France et Docteur honoris causa en technologie de l’université de Coventry, s’est caché, non pour mourir, mais pour régner sur la robotique mondiale.

Source: https://ecceafrica.com/bertin-nahum-mecano-chirurgie/#.V2VYnOvhCM8